Courts-métrages: les cauchemars de Midi-Minuit


Projection de courts-métrages (rarissimes!) chroniqués en leur temps dans la revue Midi-Minuit Fantastique, et compilés à l’occasion de la sortie du tome 2 de l’intégrale du magazine en Mai 2015. En charge de cette intégrale, Nicolas Stanzick sera présent pour présenter les films ainsi que la revue.

Fantasmagorie (de Patrice Molinard, 1963, 35 min)
Auteur des célèbres photographies du Sang des Bêtes de Georges Franju – son beau-frère –, Patrice Molinard réalise en 1962 un véritable chef-d’œuvre du fantastique français. Un film de vampires avec Édith Scob en croqueuse d’enfants et Venantino Venantini dans le rôle de Dracula, le tout dans une étrange Transylvanie val-d’oisienne… Célébré en son temps par Midi-Minuit Fantastique, le film est resté invisible depuis 50 ans. Pour le résumer d’une formule forcément excessive mais néanmoins assez pertinente, le chaînon manquant entre Nosferatu et… Lost Highway !

La Prima Donna (de Philippe Lifchitz, 1963, 9 min)
Splendeur et décadence de la Pasta, une chanteuse lyrique, et de sa rivale, une cantatrice affublée d’une double tête et qui grâce à ses deux larynx, donc, chante en stéréo… Raconté du point de vue de la presse people des années 60 avec un montage photos digne de La Jetée de Chris Marker et porté par la présence de Nelly Kaplan et la voix off de Jacques Dufilho, La Prima Donna prolonge toute une tradition fantastique française, entre comédie, surréalisme et merveilleux. Le film a fait l’objet de la couverture du numéro 9 de Midi-Minuit Fantastique en 1964.

Vampirisme (de Bernard Chaouat et Patrice Duvic, 1967, 12 min)
Un pastiche de reportage ORTF façon enquête sociologique sur les vampires, proposant un casting épatant. Jugez plutôt : l’écrivain de fantastique Claude Seignolle ; l’auteur et grand spécialiste des fées et lutins Pierre Dubois ; les peintres lettristes Roland Sabatier et Micheline Hachette ; des figures excentriques du cinéma français tels que Guy-René Mineur et Jean Benguigui ; le comédien et ami proche de Jean-Paul Belmondo, Michel Beaune ; le critique, auteur et réalisateur Pascal Bonitzer ; l’auteur des surréalistes couvertures de la revue Fiction, Jean-Claude Rault ; les plumes de Midi-Minuit Fantastique, Alain Le Bris, Raphael-G. Marongiu et Jean-Pierre Bouyxou. Et à la co-réalisation, Duvic, fondateur des Moutons Électriques. Dernière anecdote: le film a eu le prix du court-métrage lors du tout premier festival de Sitgès, en 1968 !

Satan bouche un coin (de Jean-Pierre Bouyxou et Raphaël-G Marongiu, 1968, 8 min)
Film surréaliste et expérimental obsédé par l’imaginaire d’Éros et Thanatos, avec l’artiste Pierre Molinier dans le rôle d’un Fantômas qui aime à se travestir… Premier coup d’éclat cinématographique de Jean-Pierre Bouyxou, compagnon de route libertaire de Midi-Minuit Fantastique et aventurier de la contre-culture qui a toujours su tenir d’une même main underground et cinéma bis, avant-garde et nanar jusqu’au-boutiste!

La Fée sanguinaire (de Roland Lethem, 1968, 22 min)
Deux anges (Bouyxou et Marongiu, encore eux !) débarquent dans les rues de Bruxelles, un bidon à la main. À l’intérieur, une fée dont le grand plaisir est d’émasculer ses conquêtes mâles en vue de collectionner leurs organes génitaux conservés dans des bocaux… Étrange, expérimental, volontiers dérangeant et marqué par un humour noir assez situationniste, l’un des premiers films du « plus japonais des cinéastes belges », alors collaborateur régulier de Midi-Minuit Fantastique, Roland Lethem.

Nicolas Stanzick

En partenariat avec Bobinophile, l’association des cinéphiles de Sciences Po Lyon.

Institut d’Etudes Politiques (14 av. Berthelot), lundi 30 mars, 18h00, entrée libre sur inscription à contact@zonebis.com


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